Aiyi dans la rue

d'Aël Théry et Marine Ottogalli

52 min

 

Une production Ana Films, Alsace 20, RTGE

Avec la participation du CNC (aide à l'écriture, aide au développement) et de la Procirep Angoa (aide au développement)

Aiyi a 50 ans, des yeux rieurs, des cheveux qui lui tombent au bas du dos. Elle cuisine des plats de riz et nouilles sautées depuis 15 ans dans le vieux quartier industriel de Zhabei, à Shanghai.

La cuisine de rue a toujours été un mode d’alimentation et de sociabilité très prisé des Shanghaiens.

 

Aiyi, comme la majorité des migrants venus de la campagne, n’a pas le permis de résident l’autorisant à travailler en ville... De plus, la cuisine de rue est une pratique interdite en Chine car jugée insalubre et n’œuvrant pas à la construction d’une « ville civilisée ». Son statut illégal, son activité illégale, font d’elle une cible privilégiée des répressions. Heureusement, Aiyi est débrouillarde : les pots de vin qu’elle verse aux officiers de la ville l’ont temporairement mise à l’abri des ennuis.

 

Mais le répit est de courte durée. Une autre menace plane sur sa tête : le quartier où elle exerce est voué à une destruction imminente... Le gouvernement chinois souhaite effacer toute trace d’un passé considéré comme désuet. Construire du neuf, du clinquant, et supprimer les pratiques anarchiques... telle la cuisine de rue. Comme son entourage, Aiyi va devoir trouver une solution de survie pour le futur.

 

Marine Ottogalli, au cadre, a effectué des études d'anthropologie. Doctorante en anthropologie, Aël Théry s’intéresse quant à elle à la société chinoise depuis de nombreuses années. Le choix du personnage d’Aiyi n’est pas anodin.

 

Loin de verser dans le misérabilisme, les deux réalisatrices souhaitent brosser de cette femme un portrait contrasté : Aiyi est une héroïne forte, au caractère bien trempé, une véritable femme d’affaire qui entend mener sa vie indépendamment, et surtout faire fortune. Sa rudesse n’a d’égal que sa détermination et sa générosité pétillante.

 

Derrière le profil d’Aiyi, se dessine celui de son pays, remplis d’ambitions et de contradictions. Tandis qu’Aiyi incarne l’hypocrisie d’un système la rejetant et la tolérant en même temps, en toile de fond, les murs du quartier arborent des panneaux vantant « le rêve chinois ». La caméra se place au coeur de la bascule économique d’une Chine en pleines mutations, entre modernité et traditions.

Aël Théry

Après des études de chinois et d'hôtellerie-restauration, Aël Théry se tourne vers l'anthropologie, obtient un diplôme de Master à L'EHESS et poursuit ses recherches actuellement en thèse. Elle s'intéresse à la transmission des techniques de cuisine et à l'apprentissage du métier de cuisinier d'abord à Taiwan puis en Chine. Pendant ses deux ans de terrain et de vie à Shanghai, elle établit des parcours urbains à travers la cuisine de rue, projet à l'origine du film Aiyi dans la rue. Ce documentaire est son premier film.

 

 

Marine Ottogalli

Après des études techniques à l'image, Marine approfondit son regard documentaire en poursuivant un cursus en anthropologie à l'EHESS. En 2015, elle réalise son premier film documentaire, Svein-à-Mula, l'islandais qui n'avait plus d'essence. Opératrice prise de vue, elle travaille pour différents projets documentaires. Aujourd'hui en coréalisation sur le film Aiyi dans la rue, Marine y filme les stratégies du quotidien et les perspectives d'avenir d'Aiyi, cuisinière de rue au cœur de Shanghai.