Mon père, l'Iran et moi

de Hélène Rastegar

Je n'ai jamais vécu avec mon père Bijan, iranien réfugié en France depuis 1984, qui a refait sa vie à Paris. Pour me rapprocher de lui et de mes origines, je veux partir en Iran. Ce voyage au départ anodin ouvre les portes de mon rapport compliqué à ce pays, et à mon père.

Pour partir, je dois adopter la nationalité iranienne car les iraniens ne reconnaissent que la nationalité transmise par le père. Je commence à apprendre la langue, la musique et la cuisine iranienne. Les années de démarches administratives auprès de l'ambassade d'Iran sont l'occasion de rencontrer mon père et de le questionner sur sa vie en Iran, son engagement pendant la révolution de 1979 et son exil. De la représentation que je me fais de ce pays comme mythologique, prestigieux, magnifique ; je passe à l'image d'une dictature sévère et étouffante, responsable de millions de morts, de torture, d'emprisonnements.

Ma nationalité obtenue, l'enthousiasme laisse alors place à la peur. Mes rencontres avec d'autres iraniens, de l'âge de mon père et du mien, augmentent mes angoisses et me font reculer, tandis que d'autres amis iraniens plus modérés tentent de me rassurer en minimisant les risques que je prends en y allant.

Ce temps passé avec mon père me questionne sur ce qui me constitue. Comment faisons-nous le tri dans ce que nous transmettent nos parents ?